Le road-trip

Périple en Mid-West américain.  Départ, dimanche matin.  Bon, avec quelques dizaines de minutes de retard, mais, qu’est-ce que vingt-cinq minutes sur un voyage de quatorze heures?  Environ 3/100 du voyage.

La longue traversée de la plaine du Saint-Laurent ontarienne commence plutôt rapidement.  Et elle s’étire.  Précisions que je ne suis pas seule.  Je suis en compagnie de Monsieur B.  Un homme, en voyage, c’est bien.  C’est même très bien. Par exemple, des fois, il ne parle pas.  Je peux alors régler des dossiers que j’avais trop longtemps mis en plan comme dois-je changer de carte de crédit pour accumuler plus de points?  Ou est-ce que je dois remplacer mon aspirateur ou tenter de le réparer?  Dans les deux cas, je n’ai toujours pas tranché.

Mais habituellement, M. B. parle.  Son sujet préféré, malgré sa culture très diversifiée, reste la musique.  Et plus particulièrement le rock.  Son jeu favori est de zapper les postes de radio et de me questionner sur la musique entendue.  Bon.  Il faut mentionner que je n’ai qu’une petite capacité de rétention pour des informations aussi simples que le titre et le nom du chanteur d’une pièce de musique.  Et qu’avec les années, ces informations s’effacent pour faire place à d’autres.  Très peu compatible avec M. B. puisqu’il écoute principalement ce que je qualifierais de vieux rock.

Mais si au moins il se contentait de me demander le titre et le nom du chanteur. Non.

–Oh!  Maude, tu connais cette chanson-là!

Très heureuse de la connaître enfin, je réponds rapidement : Pretty Women!

–Oui.  Et qui a composé cette chanson?

–Je ne sais pas.  Je devrais?

–Mais oui, nous en avons parlé il y a à peine trente minutes.  Il a fait partie d’un groupe de musique avec deux super guitaristes que tu dois connaître.

–Merde, dis-je en pensant aux guitaristes qu’il m’avait effectivement énuméré.  J’ose finalement un : Bob Dylan?

–Oui!  Ensuite?

–Je sais pu.  Je suis sûre que tu me l’as même pas dit!

–Mais oui.  C’est Tom Petty le guitariste.  Le groupe dont je te parle est Traveling Wilbury avec Bob Dylan, Tom Petty et… Roy Orbison, celui qui a composé Pretty Woman.  Qui est l’autre célèbre musicien du groupe?

–Un indice?

–Il a fait partie du plus célèbre groupe d’Angleterre.

Là, je me mets à réfléchir.  Je sais qu’il me parle des Beatles (il me parle toujours des Beatles), mais lequel des Beatles?  Lennon est mort jeune, alors je l’élimine.  Ringo, personne ne sait ce qu’il a fait après les Beatles, donc non.  Il me reste Paul et Georges.

–Paul McCartney!

–Non, c’est Georges Harrison.

Et c’est comme ça au moins dix heures sur quatorze.  Et ce n’est que l’aller.  Mais sincèrement, j’aime bien quand il parle.

Je vous épargne les trois BigMacs, la campagne américaine et les niaiseries inévitables de Lola, le GPS.

Chicago!

Suite très bientôt.

 

 

Fiche descriptive

La Maude d’Amérique est une espèce commune, car elle s’adapte à plusieurs types d’environnement. Soyez donc avertis, vous n’y échapperez pas. On la retrouve en ville et à la campagne. Elle est parfois solitaire, parfois grégaire. On l’observera donc dans des foules compactes de divers festivals autant que dans une tente sur une île au milieu du fleuve. On a même noté sa présence à quelques reprises en Europe et en Asie. Mais pas assez souvent.

La Maude d’Amérique se nourrit principalement de plats qu’elle concocte. C’est l’une de ses activités quotidiennes les plus prenantes. Nous ne pouvons certes pas la qualifier de charognard, pourtant, elle recherche continuellement à profiter des talents culinaires d’autres pour se sustenter. Soulignons qu’elle ne prend pas de photos de ses assiettes.

En hiver, on reconnaît la Maude d’Amérique à son épais manteau de duvet bordé de poils. Elle aime beaucoup l’hiver, mais trouve l’été plus facile à vivre. Elle arbore alors des ongles d’orteils colorés ce qu’il la rend définitivement plus aérodynamique sur son vélo. Mais dans quelle direction pédale-t-elle?  De préférence, vers le bas d’une côte où elle trouvera une tasse de thé ou de gin ou une boutique de sacoches vintages.

La Maude d’Amérique n’est pas une espèce en danger ni même vulnérable, mais plutôt influençable. Influençable par la faune et la flore qui l’entourent. Elle est donc souvent habitée par une ambivalence sur tous les sujets, du plus innocent ou plus crucial la plaçant dans des situations truculentes ou non.

Suivez sa trace à travers son quotidien qui vous sera documenté ici.