Un tour du monde commence toujours quelque part

Assise sur une chaise de plastique thermoformée, j’observe la rue du haut d’un balcon du troisième. Ainsi perchée, je me camoufle à travers la cime des arbres. Une vieille dame couronnée d’un plastique protecteur de bigoudis promène son chat. De la pluie a été annoncée toute la journée. On n’est jamais trop prévoyante. Sur les marches d’en bas, un voisin clope. Les vélos passent avec pas de casque ou non. Aucun ne se doute qu’il est épié.  Ah! Voilà la dame aux bigoudis qui repasse.

La lune est depuis longtemps le seul astre qui illumine le ciel.  Et malgré le soir du milieu de semaine, la jeunesse peuple les trottoirs.  On discute ferme de clips vus sur YouTube.  La langue dans la bouche d’un autre, la conversation cesse.  Entre deux réverbères audiblement au sodium, une pénombre jaunâtre découpe une silhouette unique.

Les portes et fenêtres des appartements s’ouvrent, tentant d’aspirer un peu d’air nouveau.  Je ne suis plus seule dans les hauteurs.  Quelques amis finissent la soirée sur un balcon, tenant un digestif d’une main et gesticulant d’une autre.  Je ne les connais pas.  Typiquement citadin comme constat.  N’ayant pas de bouchon d’oreilles, je me glisse dans leur discussion aussi discrètement que l’affichage en français des commerçants sur Ste-Cath.  Deux des comparses sont de retour d’un voyage de plusieurs mois.

Pendant plus d’une heure, ils relatent leurs aventures à travers une Inde aux frontières du Népal, décrivent des montagnes éternellement étincelantes de neige et les rites nuptiaux vietnamiens.  Des couleurs, des odeurs, des coutumes qui me sont étrangères et qui me donnent des idées de globe-trotters.

Le bruit cristallin du goulot de la bouteille de vin sur le rebord de la coupe m’extirpe de ma torpeur.  Je rejoins leur récit au pied du pont Jacques-Cartier où ils flânent dans un village éphémère habité par des artisans de produits uniques et d’idées urbanistiques révolutionnaires.  Je les suis en vélo, sur les rives du canal Lachine animées par des marchés, des yogis et des festivaliers.  Tout au bout de la piste cyclable, un parc orné de sculptures et un soleil plongeant dans les eaux provenant d’un fleuve et d’une rivière tous deux historiques.  Rien ne laisse entrevoir une neurasthénie caractéristique à un retour de voyage.  Bien au contraire.  Que des mots décrivant la réappropriation d’une ville d’une beauté singulière, pleine.  Pleine de dépanneurs, d’escaliers, de shacks à patate, de lumières au sodium et de bagels.  Belle place pour commencer un tour du monde.

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