Le froid

Les expatriés au Québec arrivent souvent à la même conclusion à notre sujet, nous, les Québécois : la météorologie est une obsession. Pas besoin d’une très grande introspection pour arriver nous-mêmes à ce constat. En mettant les pieds chez notre coiffeuse, en croisant notre propriétaire ou s’asseyant au salon avec nos beaux-parents, c’est LE sujet par excellence pour briser la glace et entamer une conversation mondaine.

Pourquoi? Mon hypothèse prend racine dans notre histoire. Il n’y a pas si longtemps que ça, nos aïeux étaient pour la plupart des cultivateurs et donc totalement à la merci de mère Nature.  Sujet de première importance donc.  Entre voisins, on spéculait sur les intempéries à venir.

Ayant diversifié nos activités professionnelles depuis quelques décennies, notre existence est de moins en moins influencée par la météorologie.  Peu importe si le ciel nous tombe sur la terre, il fait beau et chaud quelque part ailleurs et n’avons pas à nous soucier de notre survie.  Notre frigo sera plein, notre salon restera chaud et sec.

Mais une habitude si ancrée dans notre inconscient collectif ne peut être modifiée en si peu de temps.  Soit.  Je peux comprendre ça.  Ce que je ne peux plus souffrir, c’est le chialage.  Et quoi de mieux que de chialer sur ceux qui chialent.

Cher chialeux qui m’aborde à chaque fois avec un commentaire négatif sur la météo du moment, expliquons-nous.  Tu es presque toujours un Québécois d’origine et tu te révoltes intempestivement sur la froideur et la longueur du l’hiver du Québec à chaque année.  What the fuck!?  Rappelle-toi.  C’est toi, étant petit, qui jouais dehors à faire des tunnels dans les bancs de neige dix fois plus gros que ceux de nos jours; qui jouais au king of the mountain avec tes voisins; qui attaquais à coup de balles neige les voitures qui avaient le malheur de passer devant ton fort.  Que s’est-il passé? L’hiver a toujours fait partie de ta vie.  Tu n’as pas dû à t’y adapter comme les nouveaux Québécois originaires des régions australes.  Ce qui est long de l’hiver, ce n’est ni le froid, ni la glace, ni la neige.  C’est de t’entendre t’époumoner sur le sujet!

Et c’est toi aussi qui, l’été, t’emportes sur sa venue tardive, sur le peu de journées ensoleillées, sur sa fraîcheur ou ses canicules.  Imagine! Je n’ai jamais de répit! Il y a toujours une raison pour te plaindre.  Par ailleurs, tu n’es ni amateur de camping, de randonnées à pieds ou à vélo.  En fait, selon mon expérience très subjective, tu es rarement un amateur de plein air, été comme hiver.  Tu préfères les spas, les terrasses et les BBQ.  Alors veux-tu bien me dire ce que la météo change à ta vie? À part être un exutoire te permettant de ventiler tes frustrations diverses, la météo a peu d’incidences sur tes activités quotidiennes.  Alors, s’il te plait, la prochaine fois que tu me croiseras, abstiens-toi.

Dans toute ma magnanimité, je t’offre quelques conseils pour réapprendre à apprécier l’hiver.  Et non, aller passer une semaine dans un resort ultra moderne dans un pays en voie de développement ne fait pas partie de la liste.

  • L’hiver offre une multiplication à l’infini de l’espace du frigo/congélo. Plus besoin de jouer à Tétris avec les bouteilles de bière, les dizaines de petits plats de restants et les milliers de pots de condiments.  Il y a de la place sur la galerie.
  • L’hiver amène une solidarité entre voisins. Après une bordée de neige, toute la rue se retrouve à pelleter, côte à côte, s’entraidant et échangeant des conseils sur la meilleure stratégie pour sortir l’auto du banc de neige en moins de coups de pelle possible.  Très utiles comme liens lorsqu’arrivera l’été et qu’il manquera du ketchup pour un BBQ sur la terrasse.
  • L’hiver permet au chauffage d’appoint oh! combien accueillant : le four. Rien de plus invitant qu’une maison chauffer par un bœuf bourguignon mijotant doucement dans le four tout un après-midi.
  • Les quatre saisons nous obligent à tenir deux garde-robes : une chaude et une autre froide. Ainsi, on s’assure une rotation vestimentaire très salutaire à un équilibre mental.

En fait, l’hiver est au cœur de notre équilibre mental.  Il impose une hivernation, un repli sur soi qui marque un temps d’arrêt.  Et c’est ainsi qu’il est possible d’accueillir le printemps avec exubérance, de vivre une renaissance euphorique si remarquable chaque année.  Nous sommes un peuple bipolaire qui voit son humeur collective fluctuer au rythme des saisons.  Ne nous battons pas contre notre nature profonde et cultivons avec fierté cette particularité psychiatrique qui fait de nous une communauté distincte et unique.

2 réflexions sur “Le froid

  1. Deux garde robes? Du jamais vu. Merci pour ta liste de conseils,soit dit en passant. J’aime cette phrase imagée:《Nous sommes un peuple bipolaire qui voit son humeur collective fluctuer au rythme des saisons.》

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