Le temps d’une rouge

Sur le coin d’une rue, une clinique médicale.  Elle se camoufle dans un immeuble que l’on devine en briques brunes sous la tôle brune qui la recouvre maintenant.  Quelques fenêtres percent cette palissade à la manière de meurtrières.  Comme des yeux plissés, éblouis par les rayons de soleil qui tentent, jour après jour, de pénétrer la forteresse.

Sur le trottoir, devant l’édifice, une improbable file s’est formée. À sa tête, une jeune femme.  Pointes de cheveux vertes, yeux surlignés de noir, veste de jean aux manches arrachées, leggings zébrés et caps d’acier aux pieds; elle fredonne, le regard au-dessus du trafic, Over the Rainbow.  Une dame religieuse, tout droit sortie de l’époque pré Vatican II, se dandine d’un pied à l’autre, balançant ainsi son voile noir et blanc de gauche à droite.  Elle oscille au rythme de la  mélodie que joue la jeune femme près d’elle sur son ukulélé.

Et c’est au-dessus de ses lunettes en demi-lune qu’une femme sans âge les observe ne sachant pas si elle fait partie de la scène ou non.  Un chignon retient sévèrement ses cheveux, tirant, par le fait même, les traits de son visage.  Contre ses jambes, un petit garçon fait retrousser sa jupe, laissant paraître un jupon de dentelle.

C’est ce que la lumière rouge m’a permis d’observer, le temps qu’elle vire au vert et m’oblige à repartir du coin de la rue.

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