Pluie oblique d’un après-midi

Une pluie drue et légèrement oblique mouille la ruelle.  Les jeunes feuilles ploient sous le poids des gouttes d’eau.  La nature dégoutte.  Un client du garage d’à côté épuise sa patience avec cadence sur la cloche posée sur le comptoir d’accueil — ding!  Une brise chargée d’humidité et de sésame grillé fait danser le géranium sur le bureau.  Le poil de mes jambes se hérisse sous sa fraîcheur bien qu’elles soient enlacées avec celles d’un autre.  Orteils colorés, entremêlés dans les mailles de la couverture : est-ce les miennes ou les siennes?  Je lis.  Il dort.  Ding!  Le client attend encore.

Cuba portatif

Accotée à une rampe, attendant le prochain tram, je regarde les immeubles rejeter des masses de travailleurs sur une grande artère.  Les trottoirs sont bondés d’une foule bigarrée : t-shirt mou, chemises colorées, vestons faussement relax et tailleurs structurants.  Tous rythmés par le bruit monotone des klaxons.  Danse asynchrone.

Perce alors des notes saccadées d’un air cubain.  La musique nasillarde crachée par une radio trop portative précède un homme propulsé par une mobylette électrique.  Le visage ridé par un sourire, une main négligemment déposée sur le guidon, il louvoie entre ces spectateurs malgré eux.  L’homme bat la mesure de l’épaule au talon, un trilby immobile au sommet de sa tête malgré sa posture obliquement précaire.  Il opère quelques virages serrés offrant un rappel inespéré, pour ensuite filer.