Jour après jour après jour

Drôle de concept que la Fête du Travail.  Une journée de congé suivant le début des classes, une journée de congé à la fin de la période estivale.  Une toute petite journée de congé pour nous rappeler combien il était agréable de flâner tard dans un parc, libre d’une routine normalement planifiée à la minute près.  Et on nomme ce férié fête du Travail.  Je ressens un malaise devant ce grotesque oxymore.

Qu’y a-t-il de festif dans le 8 à 4, du lundi au vendredi qu’impose trop souvent le boulot?  Peut-être est-il vu, pour certains, comme un objectif professionnel à atteindre?  Mais, à bien y penser, cet horaire rigide oblige une grande capacité à ignorer notre rythme circadien intrinsèque.  Une rigidité à l’origine d’une invention des plus sadiques : le réveil-matin.

On finit par se lever donc, débutant dès lundi, à accumuler un déficit de sommeil.  On se fouette à coup de caféine et notre journée débute dans le trafic.  Et toute la journée, on se doit d’être productif, novateur en étant souriant et disposé à abattre des montagnes.  Cela dit, nous avons un travail stimulant.  Nous avons étudié des années pour y parvenir.

La fin d’après-midi arrive, et, contrairement aux journées précédentes, nous revenons à la maison sans rapporter un dossier à finaliser — joie!  Une fois rendus, nous allons faire des courses, car l’overtime des derniers jours ne nous y a pas permis de garnir le frigo.  Quoi acheter?  Question cruciale beaucoup trop énergivore à considérer après une journée de boulot.  Et pourtant, on se fouette encore une fois et allons faire la file à la caisse de l’épicerie, le panier rempli de prêt-à-manger.

Nous retournons vite à la maison, car nous sommes en retard à notre cours de hot yoga, d’aquaforme, de kickboxing, peu importe.  Car il est important de bouger, d’être en forme.  Un esprit sain dans un corps sain, c’est ce qu’on dit.  Et puisque l’esprit a été sollicité toute la journée, il faut maintenant s’occuper de l’autre moitié du dicton.  Autre coup de fouet.

De retour chez soi, on se permet de s’écraser quelques instants devant un quelconque écran — pour faire changement — pour s’apercevoir qu’il est grand temps de prendre une douche pour ensuite se mettre au lit.

Essoufflé?  Cette description est pourtant très sommaire.  Car à travers tout ça, il faut se brosser les dents après chaque repas, faire 2,5 h d’activités physiques par semaines (1), manger 7 à 10 portions de légumes bio-locaux par jour (2), faire le lavage, le ménage, entretenir une vie sociale et culturelle, s’informer des enjeux géopolitiques de l’heure, prendre soin de notre couple et/ou famille, faire une maîtrise pour assurer notre formation continue sans oublier de cotiser à des REER afin d’avoir une retraite de rêve.

Avec entrain.

Malgré le déficit de sommeil.

Jour après jour après jour.

Si certains semblent y arriver, moi, non.

Nous étudions longtemps et, pour la plupart d’entre nous, fort pour accéder à une profession à la hauteur de nos aspirations.  Pour assumer une vie d’adulte stimulante et épanouissante.  Et c’est très bien ainsi.  Seulement, personne ne nous parle de l’usure qu’engendre ce quotidien harassant, nous vidant de cette énergie qui faisait de nous une personne unique, créative, libre.  Du sentiment d’être étouffé par une routine que nous avons pourtant espéré.  Et c’est là le constat le plus affligeant : nous sommes-nous trompés?  Ou pire : sommes-nous paresseux?

Si ces deux questions me taraudent souvent, le milieu du travail m’aura tout de même appris l’humilité.  Je ne peux pas tout faire.  Ou plutôt, je ne peux pas tout faire avec autant d’ardeur.  Je dois choisir où consacrer mon énergie.  Ce choix n’est pas sans conséquence.  Parce que respirer et flâner ne me permettent pas de cotiser à un REER ou de faire le tour du monde.  Pourtant, je ne peux me résoudre à épuiser toute ma créativité et mon dynamisme dans un horaire aliénant, me rendant impatiente de fêter le travail au début septembre.

1. http://www.csep.ca/CMFiles/directives/PAGuidelinesBackgrounder_FR.pdf

2. http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/food-guide-aliment/choose-choix/fruit/need-besoin-fra.php

Le temps d’une rouge

Sur le coin d’une rue, une clinique médicale.  Elle se camoufle dans un immeuble que l’on devine en briques brunes sous la tôle brune qui la recouvre maintenant.  Quelques fenêtres percent cette palissade à la manière de meurtrières.  Comme des yeux plissés, éblouis par les rayons de soleil qui tentent, jour après jour, de pénétrer la forteresse.

Sur le trottoir, devant l’édifice, une improbable file s’est formée. À sa tête, une jeune femme.  Pointes de cheveux vertes, yeux surlignés de noir, veste de jean aux manches arrachées, leggings zébrés et caps d’acier aux pieds; elle fredonne, le regard au-dessus du trafic, Over the Rainbow.  Une dame religieuse, tout droit sortie de l’époque pré Vatican II, se dandine d’un pied à l’autre, balançant ainsi son voile noir et blanc de gauche à droite.  Elle oscille au rythme de la  mélodie que joue la jeune femme près d’elle sur son ukulélé.

Et c’est au-dessus de ses lunettes en demi-lune qu’une femme sans âge les observe ne sachant pas si elle fait partie de la scène ou non.  Un chignon retient sévèrement ses cheveux, tirant, par le fait même, les traits de son visage.  Contre ses jambes, un petit garçon fait retrousser sa jupe, laissant paraître un jupon de dentelle.

C’est ce que la lumière rouge m’a permis d’observer, le temps qu’elle vire au vert et m’oblige à repartir du coin de la rue.

Tableau

Un homme sur le trottoir observe attentivement des objets étalés sur des tables bancales : breloques clinquantes, plats de service aux bordures dorées, flamands roses encadrés de faux jade. Ces trucs, rarement mis côte à côte, demandent un effort de concentration pour apprécier chacun d’eux.  Pour l’homme, cette aptitude semble être une seconde nature.  Il les manipule avec soin en caressant sa longue barbe blanche, pensif.  Une dame est assise dans les escaliers, visiblement l’instigatrice de ce bazar.

Le temps est doux.  Le soleil se devine derrière des nuages qui s’étirent jusqu’à devenir transparents.  Les feuilles des arbres, longuement espérées, créent une ombre changeante sur la rue selon l’humeur de la brise.  L’air est palpable d’humidité.  Rien ne prédispose l’homme à se vêtir d’un pantalon et d’une veste de polar assorti au motif de camouflage.  Et pourtant.  Malgré son chapeau d’explorateur, il sort bredouille de cette chasse au trésor.  Il salue d’un clin d’œil la dame toujours assise dans l’escalier et se dirige vers son pick-up.

L’homme fait le tour du camion.  Il teste d’un coup de main les câbles élastiques qui retiennent une toile illustrant un paysage d’automne.  La forêt, le ciel, les canards sur l’étang se fondent dans la lumière ocre d’un crépuscule.  Une scène d’où provient certainement l’homme.  Trônant peut-être confortablement jadis un manteau de cheminée d’un sombre chalet de chasse, le tableau est maintenant derrière la cabine du pick-up, beaux temps, mauvais temps.  Une fois l’homme rassuré par la solidité du dispositif, il rembarque et démarre le moteur.  Les canards s’éloignent alors, leurs cancans enterrés par le bruit du moteur.

Écouter ou l’art de manger un sous-marin

«Ça y est! J’ai annoncé à mon frère qu’on déménage ensemble cet été. »  Je suspends momentanément ma tentative de prendre une bouchée égale de mon sous-marin. Il est passé minuit, les habitués sont affalés sur les banquettes du dinner, la reprise d’Entrée principale joue sur l’écran plat posé à côté de l’horloge coucou. Toutes ses distractions compliquent une tâche déjà ardue au départ. Cette déclaration de M. B, m’empêchant d’y mettre la concentration nécessaire, j’ai déposé le long sandwich. Mais commençons par le début.

C’était un dimanche cet hiver. Le rideau était baissé depuis déjà quelque temps, j’étais enroulée dans une douillette.  Je flânais sur les interwebs lorsque je suis tombée sur un site de tapisseries.  Mon excitation n’avait d’égale que celle de M. B lorsqu’il visionne les bandes-annonces du prochain Star Wars.  Ce n’est pas peu dire, croyez-moi.  Je l’ai justement interpelé pour lui partager ma vision de notre futur salon.  À ma grande surprise, plutôt que de me répondre son éternel : « Il te faudrait une villa à t’écouter meubler et décorer toutes ces pièces dont tu me parles tous les jours. », il a fermé la porte et s’est assis près de moi, une fesse sur la douillette.  Partant du précepte que mon lectorat est doué du sens de la déduction, je n’ai pas à préciser davantage le sujet de cet échange conjugal.

Ma surprise vient, très probablement, du fait que j’entretiens souvent le fantasme que M. B et moi réfléchissons sur les mêmes sujets selon un même schème de pensée.  Erreur grossière, me direz-vous, à la base de nombreuses chicanes de ménage.  Vrai.  Me revient alors en tête un cours que j’ai suivi à l’université : l’écoute active.  S’il était dispensé à des fins professionnels, c’était certainement le cours ayant le plus grand potentiel à changer la vie personnelle de chacun des auditeurs.  Je l’affirme rétrospectivement toutefois.

Révélation majeure : écouter activement est très énergivore.  D’où l’existence de phrases clichées qui ne demandent que l’effort musculaire d’articuler les mots, évitant la réflexion parfois infructueuse et normalement préalable à l’émission de mots.  Mais si cette technique est assurément économique, elle se justifie surtout, je crois, par la peur du silence.  La peur du silence stimule invariablement une logorrhée d’inepties, un processus diamétralement opposé à l’écoute active.  Voilà le cœur de l’écoute active à mon avis : reconnaître cette crainte qui entrave une véritable de présence.  Tous ses mots se veulent apaisants peut-être, mais servent plutôt à nous rassurer, à masquer un malaise devant le questionnement ou la souffrance de l’autre.  On témoigne davantage d’empathie et de compréhension en avouant très simplement notre ignorance, notre impuissance.  Ne rien dire, c’est laisser toute la place à l’autre.  Avouer notre impuissance, c’est vivre un peu l’expérience de l’autre.  Cela étant dit, ne bannissons pas les phrases clichées.  Elles restent un outil essentiel aux « pourquoi? » incessant d’un petit cousin en mal d’expression verbale.

Ne pouvant pas être contre la vertu, je tente inégalement, j’en conviens, de mettre en pratique l’enseignement reçu lors de ce fameux cours.  J’ai vite constaté, et je le constate encore, que s’il est relativement facile de faire usage d’écoute active avec un inconnu, il en est tout autrement avec notre mère ou notre amoureux.  Les réflexes défensifs et la mauvaise foi n’étant jamais bien loin, il faut redoubler d’efforts pour demeurer attentif et réceptif avec un proche.  Mais revenons sur la banquette du dinner.

En saisissant mon sous-marin à deux mains, je me remémore notre discussion qui n’a pas porté sur la tapisserie finalement.  Mais elle était plus que nécessaire.  Parce qu’une tapisserie se pose beaucoup plus facilement à deux.  Il sera beau notre salon.

Le froid

Les expatriés au Québec arrivent souvent à la même conclusion à notre sujet, nous, les Québécois : la météorologie est une obsession. Pas besoin d’une très grande introspection pour arriver nous-mêmes à ce constat. En mettant les pieds chez notre coiffeuse, en croisant notre propriétaire ou s’asseyant au salon avec nos beaux-parents, c’est LE sujet par excellence pour briser la glace et entamer une conversation mondaine.

Pourquoi? Mon hypothèse prend racine dans notre histoire. Il n’y a pas si longtemps que ça, nos aïeux étaient pour la plupart des cultivateurs et donc totalement à la merci de mère Nature.  Sujet de première importance donc.  Entre voisins, on spéculait sur les intempéries à venir.

Ayant diversifié nos activités professionnelles depuis quelques décennies, notre existence est de moins en moins influencée par la météorologie.  Peu importe si le ciel nous tombe sur la terre, il fait beau et chaud quelque part ailleurs et n’avons pas à nous soucier de notre survie.  Notre frigo sera plein, notre salon restera chaud et sec.

Mais une habitude si ancrée dans notre inconscient collectif ne peut être modifiée en si peu de temps.  Soit.  Je peux comprendre ça.  Ce que je ne peux plus souffrir, c’est le chialage.  Et quoi de mieux que de chialer sur ceux qui chialent.

Cher chialeux qui m’aborde à chaque fois avec un commentaire négatif sur la météo du moment, expliquons-nous.  Tu es presque toujours un Québécois d’origine et tu te révoltes intempestivement sur la froideur et la longueur du l’hiver du Québec à chaque année.  What the fuck!?  Rappelle-toi.  C’est toi, étant petit, qui jouais dehors à faire des tunnels dans les bancs de neige dix fois plus gros que ceux de nos jours; qui jouais au king of the mountain avec tes voisins; qui attaquais à coup de balles neige les voitures qui avaient le malheur de passer devant ton fort.  Que s’est-il passé? L’hiver a toujours fait partie de ta vie.  Tu n’as pas dû à t’y adapter comme les nouveaux Québécois originaires des régions australes.  Ce qui est long de l’hiver, ce n’est ni le froid, ni la glace, ni la neige.  C’est de t’entendre t’époumoner sur le sujet!

Et c’est toi aussi qui, l’été, t’emportes sur sa venue tardive, sur le peu de journées ensoleillées, sur sa fraîcheur ou ses canicules.  Imagine! Je n’ai jamais de répit! Il y a toujours une raison pour te plaindre.  Par ailleurs, tu n’es ni amateur de camping, de randonnées à pieds ou à vélo.  En fait, selon mon expérience très subjective, tu es rarement un amateur de plein air, été comme hiver.  Tu préfères les spas, les terrasses et les BBQ.  Alors veux-tu bien me dire ce que la météo change à ta vie? À part être un exutoire te permettant de ventiler tes frustrations diverses, la météo a peu d’incidences sur tes activités quotidiennes.  Alors, s’il te plait, la prochaine fois que tu me croiseras, abstiens-toi.

Dans toute ma magnanimité, je t’offre quelques conseils pour réapprendre à apprécier l’hiver.  Et non, aller passer une semaine dans un resort ultra moderne dans un pays en voie de développement ne fait pas partie de la liste.

  • L’hiver offre une multiplication à l’infini de l’espace du frigo/congélo. Plus besoin de jouer à Tétris avec les bouteilles de bière, les dizaines de petits plats de restants et les milliers de pots de condiments.  Il y a de la place sur la galerie.
  • L’hiver amène une solidarité entre voisins. Après une bordée de neige, toute la rue se retrouve à pelleter, côte à côte, s’entraidant et échangeant des conseils sur la meilleure stratégie pour sortir l’auto du banc de neige en moins de coups de pelle possible.  Très utiles comme liens lorsqu’arrivera l’été et qu’il manquera du ketchup pour un BBQ sur la terrasse.
  • L’hiver permet au chauffage d’appoint oh! combien accueillant : le four. Rien de plus invitant qu’une maison chauffer par un bœuf bourguignon mijotant doucement dans le four tout un après-midi.
  • Les quatre saisons nous obligent à tenir deux garde-robes : une chaude et une autre froide. Ainsi, on s’assure une rotation vestimentaire très salutaire à un équilibre mental.

En fait, l’hiver est au cœur de notre équilibre mental.  Il impose une hivernation, un repli sur soi qui marque un temps d’arrêt.  Et c’est ainsi qu’il est possible d’accueillir le printemps avec exubérance, de vivre une renaissance euphorique si remarquable chaque année.  Nous sommes un peuple bipolaire qui voit son humeur collective fluctuer au rythme des saisons.  Ne nous battons pas contre notre nature profonde et cultivons avec fierté cette particularité psychiatrique qui fait de nous une communauté distincte et unique.

Pleurer comme un cochon de lait

Le bal du temps des Fêtes a été faste cette année. J’entends par bal tous les soupers qui précèdent la semaine de festivités circonscrite par la veille de la naissance du petit Jésus et la Saint-Sylvestre.

Ce bal est plus que nécessaire. Aucun coureur n’entreprendra un marathon sans entraînement et étirements. Et puisque l’estomac est un muscle, il mérite aussi une période préparatoire au marathon alimentaire qu’il l’attend à chaque fin décembre.

Je disais donc que le bal a commencé en grand. Un collègue de M B, un cuisinier, nous a invités à souper. Étant Français, je m’attendais à un repas gargantuesque. J’ai été servie.

Dès notre arrivée dans l’appartement, une chaleur nous a enrobés, une chaleur provenant assurément d’un four allumé toute la journée. Des plateaux débordant de bouchées de gravlax, d’huîtres et de betteraves nous attendaient .  Une main hésitante à faire un choix et l’autre tenant une flûte de champagne, mon regard s’est posé sur la fenêtre devant moi, bordée d’une dentelle de givre. Témoignant de la glaciale soirée à l’extérieur, je n’avais qu’une seule envie, prendre place autour de la table avec les autres convives. Le froid force le rapprochement à ce qu’on dit. Et que dire d’un copieux souper bien arrosé?

Les plats se sont enchaînés comme seul sait le faire Mennekenpix le Belge, le cuisinier des Titans. Gnocchis à la ricotta dans sa sauce aux tomates, tourtières de cailles, cochon de lait entier reposant sur deux chapons dodus et rôtis sur leur lit de carottes et de rates, trou normand (ouf!) et desserts. Et quels desserts! Saint-Honoré, feuilletés et cannelés. Soyons francs. Tous les plats étaient délicieux. Mais je me serais nourrie uniquement de cannelés. J’en rêve encore.

L’alcool a coulé à flots bien entendu. Notre hôte avait de plus en plus de la difficulté à se faire comprendre au fur et à mesure que la soirée avançait, le taux d’alcoolémie étant inversement proportionnel avec la souplesse de la mâchoire à ce qu’il semble. Pourtant, personne n’a eu aucune difficulté à déchiffrer son : «pleurer comme une fille» au travers de la conversation.  Ce à quoi j’ai répondu, malgré les trois petites heures au compteur de notre toute nouvelle relation : «Ça veut dire quoi pleurer comme une fille? »  Sa réponse a été aussi directe que sa désinhibition préfrontale le permettait : « Non, mais putain! Tu ne m’avais pas dit que tu sortais avec une putain de féministe! » en s’adressant à M B. Tout le monde a ri.  Le sujet était clos.

Il n’y a eu aucun malaise, car, contrairement à ce qu’il pensait, il me complimentait.  En effet, j’aime bien être associée à un groupe revendicateur dont les membres sont connues pour être poilues, pour brûler leur soutien-gorge en public ou pour détester les hommes au point de choisir d’être homosexuelles.  N’est-ce pas ironique que de jeunes femmes d’aujourd’hui se dissocient, avec véhémence parfois, du mouvement à l’origine de lors existence juridique?

Bien loin de moi l’intention de faire un procès à ce jeune virtuose du cannelé.  Et j’ai encore moins envie de faire la chronologie du droit de la femme des sociétés occidentales au cours du siècle dernier.  Non.  Seulement, cette phrase d’apparence anodine, répétée telle une expression consacrée, continue de résonner en moi.

Parce que cette phrase a une connotation négative, péjorative, qui fait référence à un deuxième sexe, à un sexe faible[1].  Qui veut pleurer, courir ou crier comme une fille? Personne.  Pas même une fille.  Et c’est bien là tout l’enjeu.  Même une fille ne veut pas être une fille.  Et une fois adulte, elle ne veut pas être taxée de féministe.

À leur décharge, c’est vrai qu’il n’est pas tentant d’être une femme sachant qu’en allant seule au garage, c’est à coup de « petite madame » qu’elle ne se fera pas vraiment expliquer l’origine du montant exorbitant de sa facture; qu’il n’est pas tentant d’être une femme sachant qu’en posant une question au commis de la quincaillerie du coin, c’est à son conjoint qu’il répondra; qu’il n’est pas tentant d’être une femme sachant qu’en allant faire ses courses, elle sera peut-être suivie, voire harcelée par un passant[2]; qu’il n’est pas tentant d’être une femme sachant que si elle est agressée sexuellement, elle préféra souvent ne pas dénoncer l’agresseur de peur de représailles ou simplement ne pas être crue[3].

Être féministe, en fait, c’est être humaniste.  C’est sortir du carcan des préjugés.  C’est accueillir avec curiosité et respect l’unicité de chacun dans la diversité qu’offre le monde.  C’est reconnaître l’autre et lui permettre d’être ce qu’il est, de devenir ce à quoi il aspire.  Le féminisme doit être compris comme un mouvement de liberté qui donne droit à l’autodétermination, tous comme le font les mouvements contre le racisme ou l’homophobie.  Et cette réflexion entamée il y a un bon moment déjà résonne d’autant plus fort en moi en cette semaine suivant l’attentat au Charlie Hebdo.

[1] De Beauvoir, Simone. « Le deuxième sexe »

[2] https://medium.com/matter/its-impossible-to-prevent-someone-from-eyefucking-you-a1cd688392b2

[3] http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2014/11/05/004-agressions-non-denoncees-campagne-federation-femmes-quebec-twitter.shtml

Capital de vent

Les nuages sont gris et bas aujourd’hui.  Ils sont inlassablement poussés et remodelés par un vent d’ouest.  Ce même vent qui s’acharne sur les dernières feuilles qui s’accrochent à leurs branches.  Nous savons qui aura le fin mot de l’histoire.  Ayant toujours particulièrement apprécié les journées de grisaille, j’en profite pour faire une marche dans le quartier.  Mes pieds soulèvent à chaque pas des tas de feuilles ayant abandonné le combat.

Tout le long de ma promenade, des cottages et des divers-plex sont ornés d’une affiche nous informant qu’ils sont en vente.  Les sourires figés des agents immobiliers sur les pancartes tentent de me convaincre de leur expérience.  Mais tout ce qu’ils éveillent en moi est de l’inconfort.  Leurs regards me fixent, peu importe l’angle auquel je me trouve de l’affiche.  Je ne peux y échapper, même une fois le coin tourné.  Tout comme le souhait que je ne m’explique pas de devenir propriétaire.  Une envie probablement un peu naïve, mais toute même de plus en plus présente de bâtir un logis à mon image, selon mes goûts et aspirations.

Pourtant, malgré leur sourire d’apparence avenante, il en est tout à fait autrement.  En fait, ces sourires ne me sont pas destinés.

Revenons quelques semaines en arrière.  Décidée à m’investir (c’est le cas de le dire) avec intérêt (il pleut des jeux de mots!) dans la planification de mes finances, je contacte une firme de planificateurs financiers.  Un homme poli, au ton expert, me joint par téléphone pour définir un peu mieux mon profil d’investisseur et mes objectifs de vie.  Pensant être prête à répondre avec aplomb à ses interrogations normalement angoissantes, je me retrouve néanmoins K.O. dès la première question.

–Quel est le montant de vos placements actuellement, madame?

Ignorant le madame dont il m’étiquette, je réplique simplement par le nombre correspondant.  Ce à quoi il m’expliquera pendant plusieurs minutes que ne possédant pas au moins 100 000 $, il ne serait pas judicieux de lui confier la tâche de faire fructifier mes (maigres) acquis puisque les intérêts gagnés ne suffiraient pas à payer ses honoraires.  Aucun profit possible donc.  Il me recommande alors de prendre rendez-vous avec un conseiller de mon institution bancaire.

J’ai raccroché, outrée.  J’aurais voulu lui répondre que j’avais déjà consulté des conseillers de mon institution bancaire et que plusieurs années plus tard, c’est certainement un peu grâce à eux que je me faisais maintenant refuser les services d’un courtier en placement.  Mais tout ce qui me venait en tête était que pour devenir riche, il fallait être riche au départ.

Je suis une petite épargnante de la classe moyenne.  Touchée par les discours alarmistes sur une retraite future qui relève de plus en plus de la science-fiction, je n’ai visiblement pas accès à la propriété dans un rayon pédalable de mon lieu de travail.  Célibataire au sens de la loi, j’arrive à l’âge charnière de trente ans où tout semble me dire que ma vie doit se placer.  Mais se placer où, voilà la question.

Je ne suis pas malheureuse.  Au contraire.  Malgré les revers, j’ai une vie remplie de toutes sortes de choses qui me ressemblent.  Seulement, je dois avouer que  l’écart entre l’image que je me faisais de mes trente ans et celle qui décrit ma vie actuelle me frappe de plein fouet.  Pas de regrets, mais une impatience grandissante qui se manifeste en une boule au fond de ma gorge.

Un coup de vent me ramène sur le trottoir.  Des cheveux dans la bouche, je maudis le vent qui ne va pas le sens que je voudrais.  C’est ce vieux Sénèque qui disait :

«Il n’y a point de vent favorable pour qui ne sait en quel port se rendre» 1

Les jours raccourcissent de plus en plus.  D’une journée à l’autre, je baisse les rideaux du salon quelques minutes plus tôt.  L’automne est un temps de repli sur soi, de réflexion.  Sénèque devait aimer l’automne et le vent qui lui est inextricablement lié.  Tout comme moi d’ailleurs.

Je me tourne alors, visage face au vent.  Une rafale gonfle mon K-Way.  Allons à la maison.  Il est temps de baisser les rideaux.

1Sénèque, Lettres à Lucilius, VIII, 71

 

À bas la menthe givrée

Une journée comme les autres en ce début d’automne.  M. B et moi marchons sur une rue commerciale, d’une friperie à une librairie/disquaire usagé à l’autre.  M. B est très volubile puisqu’en fait, ce n’est pas une journée comme les autres.  Il a mis la main sur un modèle de pédale datant de l’âge d’or du rock.  N’ayant jamais même osé rêver en posséder une, il rit des joyeux hasards que parsème la vie des brocanteurs amateurs.

La faim le ramène enfin sur Terre.  Nous choisissons alors de casser la croûte d’un sandwich de falafels généreusement accompagné de condiments reconnus pour laisser une trace olfactive caractéristique.  Un délice!

De retour dans la rue, me léchant encore les doigts, une publicité mainte et mainte fois vue et lue accroche mon regard : «La mauvaise haleine n’est pas sexy ».  On étaye le slogan d’une représentation d’aliments associés à ce qui semble être une tare honteuse. La réflexion me passe par la tête : je ne dois certainement pas être sexy en ce moment.  Qu’importe, je ne pensais pas frencher quelqu’un d’autre que M. B aujourd’hui, sa moustache retenant encore les derniers vestiges de son lunch.  Mais la question se pose tout de même.  Refuserait-on de mettre sa langue dans ma bouche ayant accueilli plus tôt des aliments prohibés?  À en croire cette publicité, oui.

Une question en amène une autre.  Y a-t-il consensus sur les aliments pas sexy?  D’après une population sondée par moi-même selon des techniques statistiques qui désespéreraient mes profs en la matière, il apparaît que oui.  Nommons en premier lieu l’ail et l’oignon.  Viennent ensuite toutes sortes d’épices dites exotiques.  Bon.  On a l’exotisme facile encore une fois à mon avis (pour connaître mon opinion sur le sujet, vous référer à La couleur du gruau).

Comprenez-moi bien.  Il y a des odeurs universellement rébarbatives comme une moufette stressée par exemple.  Il y a aussi des odeurs qui rappellent des souvenirs désagréables, l’odorat ayant un pouvoir de réminiscence indéniable.

Seulement, le spectre classant les odeurs de pestilentielles à paradisiaques n’a pas été statique à travers l’histoire.  Partant des sociétés insalubres où les villes aromatisaient l’atmosphère d’une charmante odeur de putréfaction à des kilomètres à la ronde, on a voulu, par des politiques d’urbanisation et de santé publique, assainir notre environnement.  Ultimement, il s’agissait « d’atténuer les différences olfactives entre les couches sociales » (Tran Ba Huy, 2000).  Louable comme projet.

Quelques centaines d’années plus tard, à une époque dans laquelle l’émanation d’une odeur de sueur ou d’ail est perçue comme un bris aux codes sociaux, l’asepsie est de mise.  Objectif : silence olfactif.  Vraiment? En me pliant quotidiennement aux règles de la bienséance de la bonne haleine, une odeur de menthe givrée se dégage alors.  Quant à mes cheveux et mes aisselles, ils sont agrémentés du parfum d’une fleur quelconque.  Le zéro absolu en termes d’odorat est donc bien subjectif et relatif.

Et je m’insurge contre cette personne anonyme employée par cette terne entreprise qui a déterminé pour moi et pour nous tous le politically correct olfactif.  Je revendique le droit à l’emprunte odorante de mon choix. Pas une odeur générique vendue et portée par la masse, mais mon odeur!  Une odeur variant selon la saison, mon alimentation, mon humeur.  Car qui veut d’une vie sans exotisme, sans épice, sans goût d’ail ou d’oignon?  Pas moi.

TRAN BA HUY, Patrice.  « Odorat et histoire sociale. Physiologie de la communication« ( en ligne), Communcation et langage, no. 129 (2000)  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/colan_0336-1500_2000_num_126_1_3046, (page consultée le 24 septembre 2014)

Les 5 à 7 d’une colonie de vacances

Il y a, dans la haute Gatineau, des centaines de lacs. Certains surpeuplés, d’autres tout juste cartographiés, chacun attire un profil de vacancier particulier.

Le plus remarquable est le grégaire. Traînant habituellement sa maison sur quatre pneus, il occupe heureusement un espace restreint. Le concept de la densification de la population est scrupuleusement suivi non pas pour des raisons écolo-urbanistiques mais bien pour son plus grand plaisir. Pouvant à peine identifier le voisin immédiat de sa résidence principale, le grégaire se fait un honneur de connaître jusqu’au dernier membre de la cité estivale. À croire que le port du chandail crée une barrière sociale puisque celui-ci évolue la bedaine à l’air, une bouteille de bière à la main. Enfin libéré de son carcan de textile mou obligatoire en banlieue, plus rien n’arrête ses élans amicaux.

Vient ensuite le sauvage. Ce groupe se subdivise en deux catégories : le technique et le vrai. Le technique a une obsession : l’équipement. Cherchant tout prétexte boiteux ou pas pour passer des heures à répertorier le nouvel inventaire des grandes surfaces de plein air, il occupe le reste de son temps à feuilleter leurs catalogues. Le technique aime s’exclamer devant le moindre gramme en moins du dernier modèle de tente, faire une dégustation de la recette revisitée d’osso buco déshydraté et se munir (enfin!) de la montre-altimètre-polysomnogramme-coach-de-vie. Toutes ses recherches ne lui laissent pas beaucoup de temps pour les expéditions. Qu’à cela ne tienne, si l’occasion se présente, il sera prêt.

Tandis que le vrai, lui, s’enfonce dans les bois, avec seuls vêtements ceux sur son dos, deux allumettes dans ses poches (au cas où il serait mal pris) et un couteau. Il élit domicile sur une mousse particulièrement spongieuse, au pied d’un chêne qui le protégera de la foudre contrairement à l’érable argenté. S’abreuvant d’eau de pluie recueillie dans une écuelle d’écorce, il se nourrit de petits fruits et de poissons pêchés à l’aide d’une perche préalablement aiguisée. Il s’oriente à l’aide de son pouce et des astres pour se diriger vers la terra incognita.

Et entre ses extrémités du spectre évolue la plupart d’entre nous. N’étant ni grégaire ni sauvage, j’accepte de suivre la famille de M. B au chalet.  Il se situe dans la haute Gatineau (justement), sur une languette de terre coincée entre deux lacs dont l’un est Vert.  Sur cette languette est disséminée moins d’une dizaine de chalets de grandeurs variables.  Un long quai s’avance vers le milieu du lac.  Et en bordure s’étend une plage partagée par tous les locataires du moment où les petits creusent des canaux reliant des réservoirs.  Ces réservoirs serviront de pouponnières de grenouilles espère-t-on.

À l’ombre de majestueux érables, les grands se présentent et procèdent à de menues conversations mondaines.  Tous sourient et vantent la beauté des lieux, pouvant enfin décrocher d’une quotidienneté rodée au quart de tour.

Le soir venu, après une âpre négociation quant à la distribution des lits, on clôt la journée par un bain de minuit.  Les lèvres bien bleues, nous allons rejoindre un groupe déjà autour du feu.  Les discussions vont bon train : les connaissances qui nous unissent sont découvertes et nous débattons de la mort plus ou moins satisfaisante de Geoffrey dans GOT.  Et soudain, deux rats sortent du coton ouaté d’une des comparses.  Ah ben.

Les journées se suivent et se ressemblent : grasses matinées parfumées de bacon, plage ensoleillée, soupers sur le grill, saucettes nocturnes et feux de joie.

Et encore.  En fait, pas tout à fait.  De la confiture barbouille encore ma bouche quand un grain de sable s’incruste dans l’engrenage de notre nouveau quotidien.  Pour des raisons de sécurité, les trempettes sous la lune sont interdites.  Ah oui.  J’oubliais.  Une colonie de vacances s’accompagne toujours d’une liste exhaustive de règlements faisant de ce territoire un univers parallèle au reste du monde.  À suivre religieusement sous peine d’être réexpédiés vers la morne réalité de tous les jours.  Bon.

Mais le grain de sable se transforme alors en caillou : trop de joie ne peut être exprimée trop tard.  Voisins obligent.

Drôle d’idée, en effet, de faire un feu à la tombée de la nuit.  Plus inusité encore, se coucher après minuit et se lever après dix h.  Si je ne m’abuse, les vacanciers qui peuplent la colonie sont… en vacances.  Et qu’est-ce que les vacances? Je ne le sais pas pour vous, mais pour moi, outre de ne pas travailler, c’est de n’être régie par aucun horaire mis à part celui de mon estomac.  Cela étant dit, mes envies ne doivent pas empiéter celles des autres.  Soit.  Seulement, la proximité demande une certaine tolérance d’une part et d’autre.  Et cette plainte illustre une fois de plus l’incompréhension d’autrui devant un rythme de vie non conventionnel.  J’entends par ça tout autre horaire de travail que le constipant 8 à 16 du lundi ou vendredi.  Et surtout, de ne pas s’être reproduit à l’âge vénérable de 30 ans et de n’être pas près de le faire.  Une combinaison rendant les interactions sociales ardues.  Peu importe la situation ou le sujet, pour clore la discussion, on a toujours droit au sempiternel non-argument : «Tu ne peux pas comprendre, tu n’as pas d’enfant».

Cette plainte me démontrant que même en vacances, dans le fin fond des bois, sans pression d’un horaire ou d’obligations d’efficience, il n’y a pas beaucoup de place à la non conventionnaliste.  Alors, sachant que je ne suis ni grégaire, ni sauvage, ni même colonie de vacances, je suis retournée chez moi.

Un tour du monde commence toujours quelque part

Assise sur une chaise de plastique thermoformée, j’observe la rue du haut d’un balcon du troisième. Ainsi perchée, je me camoufle à travers la cime des arbres. Une vieille dame couronnée d’un plastique protecteur de bigoudis promène son chat. De la pluie a été annoncée toute la journée. On n’est jamais trop prévoyante. Sur les marches d’en bas, un voisin clope. Les vélos passent avec pas de casque ou non. Aucun ne se doute qu’il est épié.  Ah! Voilà la dame aux bigoudis qui repasse.

La lune est depuis longtemps le seul astre qui illumine le ciel.  Et malgré le soir du milieu de semaine, la jeunesse peuple les trottoirs.  On discute ferme de clips vus sur YouTube.  La langue dans la bouche d’un autre, la conversation cesse.  Entre deux réverbères audiblement au sodium, une pénombre jaunâtre découpe une silhouette unique.

Les portes et fenêtres des appartements s’ouvrent, tentant d’aspirer un peu d’air nouveau.  Je ne suis plus seule dans les hauteurs.  Quelques amis finissent la soirée sur un balcon, tenant un digestif d’une main et gesticulant d’une autre.  Je ne les connais pas.  Typiquement citadin comme constat.  N’ayant pas de bouchon d’oreilles, je me glisse dans leur discussion aussi discrètement que l’affichage en français des commerçants sur Ste-Cath.  Deux des comparses sont de retour d’un voyage de plusieurs mois.

Pendant plus d’une heure, ils relatent leurs aventures à travers une Inde aux frontières du Népal, décrivent des montagnes éternellement étincelantes de neige et les rites nuptiaux vietnamiens.  Des couleurs, des odeurs, des coutumes qui me sont étrangères et qui me donnent des idées de globe-trotters.

Le bruit cristallin du goulot de la bouteille de vin sur le rebord de la coupe m’extirpe de ma torpeur.  Je rejoins leur récit au pied du pont Jacques-Cartier où ils flânent dans un village éphémère habité par des artisans de produits uniques et d’idées urbanistiques révolutionnaires.  Je les suis en vélo, sur les rives du canal Lachine animées par des marchés, des yogis et des festivaliers.  Tout au bout de la piste cyclable, un parc orné de sculptures et un soleil plongeant dans les eaux provenant d’un fleuve et d’une rivière tous deux historiques.  Rien ne laisse entrevoir une neurasthénie caractéristique à un retour de voyage.  Bien au contraire.  Que des mots décrivant la réappropriation d’une ville d’une beauté singulière, pleine.  Pleine de dépanneurs, d’escaliers, de shacks à patate, de lumières au sodium et de bagels.  Belle place pour commencer un tour du monde.