Une dépression en la mineur

Mercredi midi. Une salle d’attente comme il y en a partout : des chaises contre les quatre murs d’une pièce exiguë, des Chasse et Pêche, Châtelaine, Bel-Âge (en première page, une femme semblant être âgée de 40 ans souriant de toutes ses dents bleutées). Tous datés de 2007 bien sûr. Au cas qu’une tendance capillaire nous ait échappé entre temps.

Mais surtout, la radio. Dis-moi quel poste de radio est syntonisé et je te dirai où tu attends. Le phénomène le plus remarquable est sans contredit la salle d’attente des dentistes. Peu importe le bureau de dentiste fréquenté à travers la province, les chansons jouées y sont les mêmes. Dans un effort anxiolytique peut-être, l’Ordre des dentistes du Québec a standardisé leurs listes musicales. Les France d’Amour, Brian Adams et Marie-Denise Pelletier leur doivent beaucoup.

Revenons maintenant à la salle d’attente du mercredi midi. Donc, assise sur une chaise, n’ayant pas de livre avec moi, ni téléphone, je ne me résous tout de même pas à passer l’auto-quiz déterminant si je suis du type carpe diem ou planificatrice névrosée. Pas de zone grise possible.  Je fixe plutôt le cadre d’art contemporain accroché au mur devant moi intitulé La bête. J’en fais vite le tour et je prends alors conscience de la musique classique qui cesse de jouer pour faire place à une série d’annonces publicitaires. Eh non! Pas d’Isabelle Boulay ou de Mario Pelchat qui pleure dans la pluie. Ici, c’est plutôt Schubert qui sonate en la mineur. Effort certain pour cultiver l’oreille des impatients de cette salle d’attente.

Première annonce.

«Venez nous visiter lors de notre événement porte ouverte en fin de semaine! Parce que vous êtes encore jeunes, la résidence Côte d’Azur vous offre un environnement sécuritaire et qui sera vous stimuler grâce aux dizaines d’activités comme la Zumba sur musique actuelle, les tournois de billard et l’aquarelle sur soie! Nous vous attendons!»

Question. Étant encore considérée jeune par Statistiques Canada, comment se fait-il que je ne participe à aucune de ces activités?

Vient ensuite le Complexe funéraire Y. La voix feutrée du lecteur, mais assurément chaleureuse m’assure que grâce à leurs services, mes funérailles pourraient être le moment tant attendu de réaliser mes fantasmes les plus fous. Mais bon. J’hésite encore à remettre ma mort entre leurs mains. À suivre.

Finalement, un homme au ton posé nous explique pourquoi donner à la fondation X qui désire créer une maison de soins palliatifs. Leur slogan : «Donnez et vous recevrez». Vraiment?

Entendons-nous. Ce n’est pas la tranche 18-35 ans qui est visée par ces publicités. Et j’imagine que ces compagnies/organismes ont fait une étude de marché et en sont venus à la conclusion que leur clientèle était des amateurs de musique classique et de fidèles auditeurs de cette chaîne de radio.  Le résultat : des moments publicitaires d’une exquise morbidité. Ce qui m’amène à penser que, finalement, les vieux devraient fréquenter les salles d’attente de dentistes. Il en va du maintien de leur santé mentale.

N.B. Toute ressemblance avec des compagnies/organismes existantes est purement le fruit de votre imagination.

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Le road-trip

Périple en Mid-West américain.  Départ, dimanche matin.  Bon, avec quelques dizaines de minutes de retard, mais, qu’est-ce que vingt-cinq minutes sur un voyage de quatorze heures?  Environ 3/100 du voyage.

La longue traversée de la plaine du Saint-Laurent ontarienne commence plutôt rapidement.  Et elle s’étire.  Précisions que je ne suis pas seule.  Je suis en compagnie de Monsieur B.  Un homme, en voyage, c’est bien.  C’est même très bien. Par exemple, des fois, il ne parle pas.  Je peux alors régler des dossiers que j’avais trop longtemps mis en plan comme dois-je changer de carte de crédit pour accumuler plus de points?  Ou est-ce que je dois remplacer mon aspirateur ou tenter de le réparer?  Dans les deux cas, je n’ai toujours pas tranché.

Mais habituellement, M. B. parle.  Son sujet préféré, malgré sa culture très diversifiée, reste la musique.  Et plus particulièrement le rock.  Son jeu favori est de zapper les postes de radio et de me questionner sur la musique entendue.  Bon.  Il faut mentionner que je n’ai qu’une petite capacité de rétention pour des informations aussi simples que le titre et le nom du chanteur d’une pièce de musique.  Et qu’avec les années, ces informations s’effacent pour faire place à d’autres.  Très peu compatible avec M. B. puisqu’il écoute principalement ce que je qualifierais de vieux rock.

Mais si au moins il se contentait de me demander le titre et le nom du chanteur. Non.

–Oh!  Maude, tu connais cette chanson-là!

Très heureuse de la connaître enfin, je réponds rapidement : Pretty Women!

–Oui.  Et qui a composé cette chanson?

–Je ne sais pas.  Je devrais?

–Mais oui, nous en avons parlé il y a à peine trente minutes.  Il a fait partie d’un groupe de musique avec deux super guitaristes que tu dois connaître.

–Merde, dis-je en pensant aux guitaristes qu’il m’avait effectivement énuméré.  J’ose finalement un : Bob Dylan?

–Oui!  Ensuite?

–Je sais pu.  Je suis sûre que tu me l’as même pas dit!

–Mais oui.  C’est Tom Petty le guitariste.  Le groupe dont je te parle est Traveling Wilbury avec Bob Dylan, Tom Petty et… Roy Orbison, celui qui a composé Pretty Woman.  Qui est l’autre célèbre musicien du groupe?

–Un indice?

–Il a fait partie du plus célèbre groupe d’Angleterre.

Là, je me mets à réfléchir.  Je sais qu’il me parle des Beatles (il me parle toujours des Beatles), mais lequel des Beatles?  Lennon est mort jeune, alors je l’élimine.  Ringo, personne ne sait ce qu’il a fait après les Beatles, donc non.  Il me reste Paul et Georges.

–Paul McCartney!

–Non, c’est Georges Harrison.

Et c’est comme ça au moins dix heures sur quatorze.  Et ce n’est que l’aller.  Mais sincèrement, j’aime bien quand il parle.

Je vous épargne les trois BigMacs, la campagne américaine et les niaiseries inévitables de Lola, le GPS.

Chicago!

Suite très bientôt.